dimanche 22 octobre 2017

FORT GONO N°8

«  Que reste-t-il du Bornéo des chasseurs de têtes et des grands singes roux en 2017, à l'époque des smartphones et des palmiers à l'huile ? » 
C'est à cette question que j'essaye de répondre, au moins en partie, à travers une chronique d'un village isolé de la partie indonésienne de l'île …
Ce huitième numéro de FORT GONO est la suite du 7 ( qu'il faut donc avoir lu … ). Comme son prédécesseur, il est disponible contre 2 timbres verts … Bien sûr, je peux aussi l'envoyer en format PDF, sur simple demande.
Il fait 19 pages A4 ( plus la cover ) et elles sont bourrées jusqu'à la gueule.. En format poche cela ferait 50 – 60 pages au moins, juste pour vous donner une idée ...
Si vous êtes intéressés(e), contactez-moi à l'adresse habituelle : fredlamiral76 @ gmail .com , ou en MP ...





dimanche 14 mai 2017

Alléluia ! Il est disponible !
FORT GONO – Le livre
par Fred L R
Editions du Bouk Emissaire
Couverture sérigraphiée, 230 pages

14 récits de l'Indonésie des années post-Suharto
Portraits, récits de voyages et de catastrophes humaines ou naturelles
Du Kalimantan à Aceh, en passant par Java

A propos de Fort Gono ...
« De 1999 à 2012, j'ai effectué de nombreux voyages en Indonésie. N'ayant aucun talent pour la pratique de la photographie mais tout de même désireux de ne rien oublier de mes longs séjours sur place, j'ai rédigé, de façon très progressive, plusieurs récits. Dans leur immense majorité, ceux-ci ont été publiés dans un fanzine : FORT GONO. Sept numéros sont d'ores et déjà parus. Cet ouvrage est une compilation de mes textes favoris ... »

Extraits …
« Passé le moment des retrouvailles, mon camarade m'apprit que toutes les routes isolées qui avaient fait notre bonheur étaient désormais interdites à la circulation. Sillonnées par des convois de militaires à la gâchette facile, elles étaient fréquemment le théâtre d'escarmouches sanglantes. » ( Aka )

« Les pires moments que je passai à Pontianak eurent lieu fin 2001, à l'occasion des frappes américaines en Afghanistan. Au lieu des traditionnelles plaisanteries, on proférait à mon égard des paroles lourdes de menace : « Mister, aujourd'hui j'ai envie d'égorger un Américain » et autres inepties. De tous ces anonymes, très peu appartenaient à des organisations religieuses militantes. » ( Le Cap de Bonne-Espérance )

« Le petit homme avait placé une urne remplie de différents ingrédients magiques sous le lit des futurs jeunes époux. Il avait lu quelques prières en arabe, puis s'en était allé, récompensé par les parents de la mariée de quelques billets. Mais en vain : le village était à deux doigts de connaître une inondation majeure. Cependant, cela ne semblait pas affecter la réputation du magicien. Au lieu de voir dans ces averses incessantes une preuve flagrante de son inefficacité, les gens continuaient de vanter ses mérites : « imaginez ce qu'il se serait passé s'il n'était pas intervenu : nous serions sous trois mètres d'eau ! Ce faiseur de pluie est vraiment formidable, il a sauvé Taranga ! » ( Le serpent noir )

«  Des voitures couvertes de poussière et de boue dévalaient l'avenue à toute allure. Des camions-bennes, dans un état de saleté comparable, transportaient des gens hébétés, dont certains semblaient s'être roulés dans la gadoue. Nous ne réalisâmes pas tout de suite que cette boue qui les recouvrait avait été projetée par le Merapi. » ( Merapi 2010 )



 

mardi 27 décembre 2016

Les versions Papier

Pour celles et ceux qui seraient allergiques à la lecture à l'écran, la version papier du blog est dispo contre 2 timbres verts. Me contacter ! 20 pages A4 …

En stock j'ai aussi « l'apprenti journaliste », un long récit publié en 2015 et qui revient sur ma tentive de m'improviser journaliste de guerre à Aceh, en l'an 2000 … Pareil, c'est disponible contre 2 timbres …

Sinon mon bouquin est enfin sorti aux éditions du BOUK EMISSAIRE : FORT GONO l'anthologie. 14 récits de l'Indonésie des années post-Suharto , du Nord de Sumatra à l'Ouest du Kalimantan en passant par le centre de Java … Guerres oubliées ( Aceh ! Kalimantan ! ), catastrophes naturelles ( Merapi 2010 ! ), portraits et histoires en tous genres sont au programme, entre journalisme choc et roman d'aventures ténébreux …
Mais je n'ai qu'une vingtaine d'exemplaires pour le moment … Alors on en reparle … Plus tard ! 

 

dimanche 11 décembre 2016

... ET VOILA ! " UN ETE A TARANGA " C'EST TERMINE ! BONNE LECTURE ET A TRES BIENTOT POUR " FORT GONO " LE LIVRE !!!!
Un été à Taranga ( 23 ) - Séparation

Je m'entends encore expliquer à celles et ceux qui me taquinaient à ce sujet que jamais je ne ferais la bêtise d'épouser une Indonésienne : « pour la regarder dépérir dans un appart' glacial et silencieux ? Pour ne plus avoir la liberté de me barrer des boulots que je déteste ? Pour foutre en l'air nos deux vies ? Vous êtes cons ou quoi ? ! » … J'étais sur le point de faire le grand saut, je n'avais pas 22 ans et aucune idée des tentations auxquelles j'allais être soumis : car le plus dur, pour un jeune homme voyageant dans ces contrées, n'est pas de rencontrer l'âme soeur, mais bien de pouvoir repartir seul et sans entraves !
Ces beaux discours ne m'ont pas empêché de me marier et d'arracher la pauvre Lhass à sa famille. Bien sûr, nous n'avions guère le choix : j'ai déjà évoqué les lois indonésiennes au sujet des couples mixtes, Lhass qui perd tout droit à la propriété et moi que l'on continue de considérer comme un touriste comme les autres, envers et contre tout …
Je me souviens de ce jour de juin 2003 où pour la première fois elle quitta les siens pour une durée indéterminée, en l'occurrence deux ans. Je retenais mes larmes, elle pleurait toutes celles de son corps … Aujourd'hui, c'est la même ! Nous avons beau être habitués, les adieux sont déchirants. On ne sait jamais si la prochaine fois quelqu'un ne manquera pas à l'appel, si ces signes de la main par la fenêtre du taxi ne sont pas des adieux. A Taranga, les gens meurent vite. L'an dernier son beau-frère, en janvier sa soeur, demain qui d'autre ?

Un été à Taranga ( 22 ) - Un cadavre dans les pâtes

Le départ approche, alors j'ai passé une bonne partie de la matinée dans la cuisine, afin d'honorer une promesse faite à mes nièces et à mes neveux : leur cuisiner, avant de rentrer en France, des spaghettis bolognaise présentables, pas des nouilles instantanées avec du vomi de chat à la sauce tomate en sachet … Toutefois, j'ai posé une condition : être prêts à manger dès la cuisson des pâtes terminée. Cela bouscule un peu leurs habitudes car traditionnellement, en Indonésie, la cuisine est préparée le matin et servie dans des bols dans lesquels chacun se sert à l'heure qui lui convient, le riz étant gardé au chaud dans l'autocuiseur. On ne déjeune donc pas à heure fixe et rarement en commun en dehors des jours de fête. Impossible de procéder ainsi pour le plat que je prépare. Je leur ai expliqué et répété pourquoi : la texture des pâtes pourrait changer et le fromage rapé - le fromage indo bourré de conservateurs, bien dégueu' mais y'en a pas d'autre - ne fondrait pas.
Au moment du dîner, je m'assure donc que Lia, Ani et Komeng sont prêts :
- C'est bon ? Je peux lancer la cuisson ? Oui ? Alors je vous sers dans dix minutes ! N'allez nulle part hein ?
- OK tonton ! répondent-ils en choeur.
Je jette les spaghettis dans l'eau bouillante, remue de temps à autre, goûte. Encore quelques minutes et ce sera parfait ! Mais voilà Ani qui débarque, voilée, prête à sortir :
- Tonton, je dois aller porter du tissu à la voisine, mais ne t'inquiète pas, je n'en ai pas pour longtemps.
Je connais cette petite depuis qu'elle est toute môme et pour la toute première fois lui adresse la parole sur un ton plus que désagréable :
- Mais je t'ai dit …
- Pas longtemps tonton, promis !
Et elle s'enfuit presque en courant, suivie par Lia qui n'a pas osé rentrer dans la cuisine.
L'envie me prend alors de tout balancer aux poules qui rodent à la porte, mais les pâtes sont al dente et le temps de les égoutter … ouf ! Les filles rappliquent déjà ! Je les entends, elles ont fait vite, je n'aurais pas du m'emporter comme un imbécile … Mais c'est Komeng qui arrive le premier dans la cuisine, le visage grave.
- Tu es prêt ? Prends une assiette ! lui lancé-je joyeusement !
- Tonton … Le voisin …
- Oui ? Quoi ? Lequel ?
- Celui qui était là tout à l'heure …
- Celui qui habite à côté de la rivière et qui connaît bien ta tante ?
- Oui tonton … Il est mort tonton … On vient de retrouver son corps dans la forêt …
Dur à croire : le type était dans le salon deux heures plus tôt, en pleine forme. Soixante ans pas plus, un corps longiligne et musclé ... Pas le style du pauvre type à l'agonie !
- Il faut que j'aille là-bas tonton … annonce Komeng, la tête basse.
A priori rien à lui reprocher : se déplacer, dans ces circonstances, c'est l'usage, la tradition. Mais tout de même, ça ne peut pas attendre ? Le repas est prêt, j'y ai passé du temps, ce n'est pas comme si le cadavre allait se faire la malle !
- Je ne serai pas long tonton, c'est promis.
Tu parles Charles !
Ani et Lia nous rejoignent :
- On est désolées tonton, mais nous devons y aller nous aussi.
- Oui, je comprends … Mais vu ma tronche je pense qu'ils se doutent tous que non, je ne comprends pas !
Alors je bouffe donc mes pâtes tout seul, trop agacé pour les apprécier, et laisse le reste en plan dans la casserole. Tant pis pour eux ! Première et dernière fois que je leur fais la cuisine ! Quel manque de respect ! Et Lhass qui s'y met aussi :
- Bon tu arrêtes de faire la gueule ? Un vrai gamin ! T'as quel âge ? Tu sais bien qu'ici on mange quand on veut ! Il fallait leur expliquer, voir à quelle heure ils étaient prêts !
- Mais … C'est injuste !
- Et puis de toute façon il faut qu'on aille là-bas nous aussi.
Le chemin pour aller chez le voisin n'est pas éclairé mais sa maison est pleine à craquer et il doit y avoir autant de monde dehors à fumer et à bavarder. Lhass nous fait passer par l'arrière pour ne pas interrompre les prières. Mais quelles prières ? Par la fenêtre, j'aperçois juste un vieil homme en short penché au-dessus du défunt. Je serre des mains, fais quelques courbettes. Puis nous nous asseyons dans la salle près du cadavre encore tout frais de celui avec qui nous faisions la causette quelques heures plus tôt …
On nous explique les circonstances du drame : le pauvre homme était allé chercher ses vaches qui paissaient dans un coin de jungle paumé. Pour y être passé trois jours plus tôt – j'avais d'ailleurs croisé les bovins et m'étais demandé ce qu'ils foutaient là si loin du village -, je visualise bien l'endroit : végétation touffue, nuages de petits moustiques noirs ultra voraces et bras de rivière boueux autrefois hanté par un crocodile … Une ambiance bien sinistre ! Ne voyant pas la victime rentrer, sa soeur s'est inquiétée, a alerté d'autres voisins qui l'ont rapidement trouvé, raide mort, empalé sur une branche cassée. Tout le monde émet l'hypothèse d'une crise cardiaque. Sa blessure au ventre ne peut pas l'avoir tué : le trou fait à peine la taille d'une pièce de deux euros … Et si c'était une balle perdue ? Ce que j'en sais moi … Je ne suis pas médecin-légiste ! On nous dit que les flics de Taranga vont enquêter : on peut leur faire confiance pour ne rien trouver à ces fins limiers ...
Pour l'heure, Lhass me demande de me tenir correctement et de faire l'effort de causer avec la soeur du mort, une brave dame qui m'aime beaucoup. Mais la pauvre femme est sourde et muette. Elle a développé son propre langage des signes auquel je ne comprends rien. A Taranga, chaque sourd a le sien. L'école spécialisée de Pontianak ? Trop cher ! Trop loin ! Elle gesticule et pleure en même temps. Mais que me raconte-t-elle ?
- Lhass, tu ne pourrais pas m'aider un peu ? Je rame … supplié-je, de plus en plus gêné.
- Attends, je cause à ma copine, ça fait super longtemps que je ne l'ai pas vue ! rétorque-t-elle d'un ton enjoué, en désignant la jeune femme voilée assise à ses côtés.
- Tu pourrais arrêter de sourire tout de même !
Je râle mais elle n'est pas la seule à profiter de l'aubaine pour se distraire un peu. Dans la pièce, les gens fument et discutent comme si de rien n'était. Un type s'approche même pour soulever la couverture qui recouvre le corps seulement vêtu d'un slip :
- Oh ! Il est tout bleu ! commente-t-il stupéfait avant d'inviter un de ses potes à profiter du spectacle.
- Pas de doute, c'est bien une attaque, ajoute l'autre, la clope au bec.
- Oh ! Regarde ! Son ventre ! Un trou !
Pas gênés ces deux-là ! Et d'examiner la plaie, limite à y enfoncer le pouce !
Au bout d'un moment j'en ai assez, rentre seul dans les ténèbres. Je croise plusieurs motos dont les phares m'éblouissent. Quand elles passent à ma hauteur, leurs conducteurs écrasent leurs klaxons en hurlant mon prénom : « Prek ! », ce qui me fait sursauter.
A la maison, les jeunes sont devant la télé, en train de manger mes pâtes toutes collées, sans fromage, avec la sauce froide. A leurs têtes, je vois bien que le résultat de mes efforts est loin d'être à la hauteur de leurs espérances.
Un été à Taranga ( 21 ) - Patrie ( travail, famille )

Côté « Karaoké d'estrade », les Indonésiens sont servis !
Nous sommes à Taranga, le 16 août, la veille de la Fête Nationale. Tous les écoliers, les collégiens et les lycéens du village paradent sur la route qui traverse le village, en uniforme et au pas cadencé, comme de bons petits soldats. Cela fait plus d'une semaine que les jeunes ont cessé tout apprentissage afin de s'entraîner à défiler. Tant d'heures qui auraient pu être mises à profit pour développer un peu de cet esprit critique qui leur fait tellement défaut ! Car le problème n'est pas l'amour qu'ils portent à leur pays, mais le fait que cette affection sans bornes les mène tout droit au fanatisme et à l'aveuglément … « Notre pays est le plus beau ! Notre bouffe la meilleure ! Notre culture supérieure à toutes les autres ! » Autant de conneries qu'on leur enfonce dans le crâne depuis leur plus jeune âge ... S'ils savaient ! Les records mondiaux de l'Indonésie ? La déforestation ! La corruption ! La prostitution … Le fleuve le plus pollué au monde ? En Indonésie ! Classement Pisa 2016 ? 62ième sur 70 ! ... Et toutes ces actualités en provenance de l'Archipel qui font se poiler le monde entier … Tous les pays ont leurs problèmes et aucun ne saurait s'ériger en modèle à suivre, mais à quoi bon se regarder le nombril pendant des jours entiers ?
Aussi, en ces jours de Grande Messe, où l'on déverse des hectolitres de grosse soupe nationaliste dans les jeunes esprits, j'aimerais les inviter, tous ces gosses, à réfléchir à tous ces foutus carcans mentaux qui les empêchent de libérer leur formidable potentiel : la bigoterie, la propagande d'Etat et le militarisme ...
Je voudrais pouvoir leur parler, à tous ces mômes, de la situation des couples mixtes. Savent-ils que les Indonésiennes qui épousent un étranger perdent tout droit à la propriété ? Que si l'idée les prend de vouloir acquérir un terrain ou une baraque, il leur faut passer par un prête-nom, avec tous les risques que cela comporte … Ces lois xénophobes ne sont pas tombées du ciel : elles sont le résultat de 350 ans de colonisation et de dizaines d'années de dictature militaire durant lesquelles le pouvoir s'est acharné à infantiliser la population, mais tout de même, si elle connaissait leur existence, la jeune génération trouverait-elle normale qu'on tarde autant à les abroger ?